0719vincent[fusion_builder_container hundred_percent=Saint Vincent de Paul

Vincent est né à Pouy, près de Dax, au printemps 1581, dans une famille de notables ruraux. La situation matérielle était précaire, car la région se relevait lentement des ravages des bandes protestantes de Jeanne d’Albret, mère de Henri IV. Vincent ne fera jamais allusion à ces événements et prônera toujours le dialogue humble avec les protestants.

Ses parents cultivaient un modeste domaine, et Vincent n’évoquera que cet aspect de “paysan”. Pauvres? Oui, face à la bourgeoisie des grandes villes; mais ils étaient propriétaires, et habitués aux relations avec les divers milieux sociaux.

Ce terreau familial lui éveillait l’esprit et l’accoutumait à fréquenter aisément tous les milieux. On avait la foi simple en la Providence de Dieu, on lui gardait confiance malgré les calamités.

Son père le fit étudier pour qu’il puisse recevoir un bénéfice ecclésiastique, à l’exemple de l’oncle, et c’est son protecteur qui lui inspira l’idée de la prêtrise. Il déclarera plus tard qu’il n’avait pas alors conscience de la grandeur de ce ministère et de ses responsabilités. Après le collège à Dax, organisé sur quatre ans, ce fut l’Université, probablement d’abord à Saragosse, en fin 1596, puis à Toulouse, à partir de fin 1597.

Apparemment pressé de recevoir les Ordres, il est ordonné sous-diacre puis diacre en 1598 et il reçoit la prêtrise en 1600, à Château-l’Évêque.

Il termine ses études à Toulouse en 1604 avec le Baccalauréat en théologie. Il gardera la sûreté théologique et les dons d’enseignant. Lors de la querelle janséniste, il composera un très court mais magistral traité sur la Grâce.

Suivent des aventures qu’il a narrées dans deux lettres autographes : pris par des corsaires barbaresques et vendu au service de quatre maîtres différents, un pécheur, un alchimiste, le neveu de celui-ci, et finalement un chrétien renégat, de Nice, fermier dans les collines aux environs de Tunis, il a pu s’échapper avec lui par mer jusqu’en Avignon, où le renégat abjura entre les mains du nonce, intéressé par les recettes d’alchimie de Vincent, qu’il emmène avec lui à Rome à l’automne 1607, avec l’espoir de lui procurer quelque bon poste rentable.

Le style assez rocambolesque du récit a amené des historiens à ne voir que cela dans ces lettres et à douter de leur véracité… Ils arguaient entre autres d’une discordance entre les dires de Vincent et le régime turc, dont dépendait l’Afrique du Nord, ainsi que des difficultés d’une traversée de la Méditerranée. Les spécialistes ont pu répondre à leurs arguments, et une étude récente montre que Vincent manifeste une exacte connaissance du régime ottoman.

Ces lettres, tout en comportant des récits pleins de verve, sont tout de même des documents administratifs officiels et doivent être prises au sérieux; même s’il est permis de penser que Vincent enjolive parfois son texte, comme il le fera toute sa vie, il faut admettre que le fond de l’histoire est vrai, qu’il fut réellement captif et évadé, comme tant d’autres – qui n’ont pas tous eu la chance de réussir. De plus, ces deux lettres sont pleines d’enseignements sur Vincent : on y trouve son tempérament, sa facilité à se faire des relations, sa recherche de l’argent, son attachement à ses amis et à sa famille, sa maîtrise de la langue française, qui en fait un véritable écrivain, et l’expression de sa foi chrétienne, qui s’allie encore à un foisonnement de recherches, dont la médecine et l’alchimie.

Après un an à Rome, il arrive en fin 1608 à Paris. Il fait des séjours à l’Oratoire, fondé par Bérulle le 11 nov. 1611. La spiritualité est centrée sur Jésus-Christ, Fils de Dieu incarné. Bérulle insiste sur la mission de l’Église, mentionnant les plus pauvres. Premier disciple de Bérulle avec Bourgoing, Vincent gardera jusqu’à sa mort la pratique des conférences et les grands axes de l’esprit bérullien : savoir se nourrir de courants spirituels divers en centrant tout sur l’humanité de Jésus.

En 1612 Vincent prend possession de la cure de Clichy. Il y trouve un modeste revenu, la gestion d’une paroisse, avec des redevances seigneuriales à payer et d’autres à recevoir, qui permettent des travaux à l’église, mais surtout les joies d’un pasteur zélé, avec un bon peuple.

Il lui restera fidèle, même après son entrée chez les Gondi, fin 1613, au titre de précepteur des enfants. Leur jeune âge lui laisse du temps pour étudier, méditer et prêcher aux paysans des nombreux villages des Gondi, qu’il invite à la confession générale, selon une pratique déjà existante.

Les rares sermons qui nous restent sont de cette époque, et déjà centrés sur la Trinité, l’Incarnation, l’Eucharistie, dans une attitude d’adoration. Il tient spécialement au catéchisme, invoquant l’exemple des protestants aussi bien que celui des saints.

Près d’Amiens, un jour de janvier 1617, un vieillard qui a fait sa confession générale confie à Madame de Gondi sa joie d’être libéré, avant de mourir, des gros péchés qu’il avait cachés jusque-là : voilà Vincent libéré, lui, du secret de la confession, car la dame le raconte, et l’invite à prêcher en l’église de Folleville.

L’effet fut tel qu’il fallut appeler des jésuites en renfort pour confesser : Vincent découvre que la Mission se fait beaucoup mieux en équipe.

Un dimanche avant la messe, on lui demande d’inviter les bonnes volontés à secourir une famille malade et pauvre. Les dames répondent au-delà des espérances. Il n’y avait plus qu’à leur proposer d’organiser leur action pour qu’elle soit durable. Après un règlement provisoire, trois mois de réflexion ensemble aboutirent à une véritable règle de vie spirituelle autant que caritative, l’union à Dieu animant l’amour du prochain, pour un service spirituel et corporel, «avec charité, humilité et simplicité».

Ces «dames de la Charité», nourries de la lecture spirituelle, savaient évangéliser les malades et accompagner les mourants autant que soigner leurs corps douloureux, tout en gérant rigoureusement les fonds.

Les Gondi parviennent à faire revenir M. Vincent pour Noël 1617. Il missionne dans les villages de la famille, en Île-de-France, Champagne et Picardie, instituant partout des Confréries de Charité dont Mme de Gondi est la cheville ouvrière. Il rencontre d’autres personnes, dont la veuve Louise de Marillac, qui peu à peu s’engage avec les Charités.

En 1622, François de Sales le fait nommer supérieur de la Visitation de Paris. Vincent en restera supérieur jusqu’à sa mort, fondant trois autres monastères de Visitandines, assurant des entretiens spirituels et s’ingéniant à leur trouver des fonds, comme pour d’autres communautés.

Quant aux Missions, ses collaborateurs se lassent, tous n’ont pas les mêmes options, ni peut-être la même endurance. Frappé par Matthieu 25 ; 40 : «ce que vous faites au plus petit des miens, c’est à Moi que vous le faites», Vincent croit que Jésus est réellement dans tout pauvre : on l’honore donc autant dans les pauvres qu’en des exercices de dévotion.

Vincent qui voit la nécessité de bons curés pour conserver le fruit des missions, comprend que beaucoup de candidats répugnent à s’enfermer un temps prolongé pour étudier : en 1628, sur la suggestion de l’évêque de Beauvais, il lance simplement des retraites de 15 jours préparant aux étapes des ordinations par des entretiens sur la doctrine, la morale et la pastorale, en particulier l’administration des sacrements, avec des exercices pratiques. Cela se révèle si fructueux que ces Exercices des Ordinands sont demandés un peu partout.

Les Charités avaient pullulé. À Paris, les Dames ne pouvant pas suffire à la tâche, se faisaient aider par leurs servantes, dont ce n’était pas forcément la vocation. A partir de 1630, en même temps que Vincent soutenait Mme de Villeneuve dans la fondation des Filles de la Providence, pour les filles en danger, de bonnes villageoises se proposent pour servir les pauvres sous la direction des Dames; la plus connue est Marguerite Naseau, morte de la contagion d’une pestiférée au printemps de 1633.. Louise de Marillac accepte de s’en occuper, et finalement les regroupe, le 29 nov. 1633, fondant ainsi avec Vincent les Filles de la Charité. Elles auront le même esprit que les Dames : «honorer Notre Seigneur Jésus-Christ et sa sainte Mère par le service spirituel et corporel des pauvres malades», en les instruisant des choses nécessaires au salut, avec charité, humilité, simplicité.

À peine ces filles se sont-elles rodées dans les paroisses de Paris qu’on les appelle un peu partout.

À partir de 1641, il ouvre de grands séminaires, à Annecy, Cahors, etc.

Les maisons de missions rurales sont devenues nombreuses et il faut faire vivre tout ce monde… Il a des exploitations agricoles, le roi lui affecte des fermes fiscales, sur des domaines royaux, des péages, etc. Il investit aussi dans plusieurs sociétés de coches, des parts étant attribuées à telle et telle communauté, et peut-être des réductions accordées aux Missionnaires, aux Sœurs et aux Dames dans leurs déplacements.

Tout cela, il le fait entrer dans la vie spirituelle : le gestionnaire est l’image, l’actualisation de la Providence, et comme les personnes divines veillent sur le monde tout en s’entretenant entre elles, les serviteurs des pauvres doivent conjuguer la contemplation, le dialogue intérieur avec Dieu et la manifestation de sa charité et de sa providence envers les pauvres.

M. Vincent est devenu un personnage connu. Il est intervenu auprès de Richelieu pour la paix, en vain. Après la mort de Louis XIII, il sera appelé par Anne d’Autriche au Conseil de Conscience, sorte de ministère des affaires ecclésiastiques pour les nominations aux évêchés, abbayes, postes de professeurs de théologie en Sorbonne, etc. Il aura plus d’une fois à résister à Mazarin, pas toujours avec succès. Il est apprécié, conseillé ou aidé financièrement par bien des grands personnages.

Apparaît alors le péril janséniste, que Vincent avait déjà senti chez son ami Saint-Cyran, et le voilà lancé dans la lutte, avec d’autres théologiens et des Évêques, jusqu’à la condamnation par le Pape des Cinq Propositions tirées par son ami Nicolas Cornet de quelques thèses d’étudiants en Sorbonne, et qui semblaient bien se trouver aussi dans l’Augustinus, de Cornélius Jansen, théologien de Louvain.

Mais, tout en combattant cette doctrine, selon laquelle Jésus-Christ n’est pas mort pour tous les hommes, mais pour les prédestinés, il s’est toujours refusé à attaquer les personnes. Ainsi, lorsqu’il eut à subir un interrogatoire, les 31 mars, 1er et 2 avril 1639, lors de l’internement de Saint-Cyran, il répondit toujours de manière évasive. De même, c’est par les Filles de la Charité, par lui et par les Dames de la Charité que passaient les dons de Marie de Gonzague, devenue reine de Pologne, à la Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal des Champs, qui secourait tous les pauvres des villages environnants.

Dans les mêmes années, il fonde des missions rurales en Corse, en Italie, en Écosse, en Irlande, en Pologne, et réalise enfin son grand rêve de mission au loin, en deux étapes : le monde de l’Islam, pour y soutenir les esclaves chrétiens captifs, à Tunis et Alger, en 1645. Et sa fierté, Madagascar, en 1648, où il connaît, hélas la mort de plusieurs missionnaires, soit durant le voyage, soit sur place, en même temps que la peste décime ceux de Gênes et la persécution de Cromwell ceux d’Écosse et d’Irlande. Sa foi est à rude épreuve, et il se réfère aux débuts de l’Église, que Dieu a construite à travers la destruction apparente des martyrs…

En 1649, c’est la Fronde et ses malheurs, de la Champagne aux portes de Paris et jusqu’en Aquitaine. Vincent va à Saint-Germain suggérer à Mazarin de démissionner, en vain ! Après une éclipse prudente, en plein hiver, avec son secrétaire, il aidera aux négociations pour la réconciliation… mais ne sera plus appelé au Conseil de Conscience.

Tout en participant encore à quelques missions, malgré ses plaies aux jambes, Vincent continue la formation de ses disciples. Malgré le saccage des bibliothèques et des Archives de Saint-Lazare par les émeutiers du 13 juillet 1789, il nous reste deux tomes de 400 p. d’entretiens aux missionnaires et deux de 700 p. aux Sœurs, outre 8 tomes de lettres.

Il n’avait jamais écrit de livres, mais il voulait laisser un condensé de sa manière de vivre à la suite du Christ adorateur du Père et évangélisateur des pauvres. Après un travail de dix ans, avec ses confrères, il leur distribua enfin le livret des Règles Communes en 1658. C’est une synthèse bien charpentée, autour de quatre axes : la Trinité, source d’où tout est sorti et où tout retourne, l’Incarnation, Jésus étant le centre et «le prototype de tous les états et les conditions humaines», l’Eucharistie et la Vierge Marie. La pratique repose sur quatre vertus fondamentales : recherche de la gloire de Dieu – et de la volonté de Dieu, — abandon à la Providence — charité de Jésus-Christ qui nous presse, et sur cinq vertus permettant le contact missionnaire : humilité, simplicité, douceur, oubli de soi (qu’il appelle mortification) et zèle : «Si l’amour est un feu, le zèle en est la flamme». Le tout se ravive dans l’oraison.

Reclus durant les derniers mois par les plaies de ses jambes, il continue de gérer ses familles, grâce à ses fidèles frères secrétaires… Un confrère note soigneusement le journal de ses dernières semaines.

À partir du 18 septembre 1660, il eut de longs moments d’assoupissement; on le porta encore à la messe le dimanche 26 septembre, et après quelques alertes dans la nuit, le 27, vers 4 h et demie du matin, «il mourut dans sa chaise, tout habillé, proche le feu» .

L’oraison funèbre fut prononcée par Henri de Maupas du Tour le 23 novembre à Saint-Germain-l’Auxerrois.

Depuis quelques années ses confrères avaient fait procéder à l’audition des survivants en diverses régions, et cela continua, préparant le dossier du procès de béatification, qui ne fut ouvert qu’en 1705. La béatification eut lieu le 21 août 1729. La canonisation fut célébrée le 16 juin 1737.

À la Révolution, la maison mère (Saint-Lazare), qui nourrissait 800 pauvres par jour, fut saccagée le 13 juillet 1789, la Congrégation fut supprimée en France en 1792. Saint-Lazare étant devenu prison de femmes, Louis XVIII, en 1817, affecta aux Lazaristes l’Hôtel de Lorges, 95 rue de Sèvres, où les restes de saint Vincent reposent dans une châsse commandée par l’archevêque de Paris en 1830, grâce à une souscription nationale.

Outre les Dames de la Charité, devenues Équipes Saint Vincent, les Filles de la Charité, les Sœurs de l’Union Chrétienne, les Missionnaires lazaristes, fondés par lui, d’autres institutions se réclament de son esprit : Société de Saint Vincent de Paul, Religieux de St. Vincent de Paul, et plusieurs Congrégations féminines. En 1885, après de nombreuses postulations, Léon XIII le déclarait patron des œuvres de charité.

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